En France, la traditionnelle foire aux vins de la rentrée bat son plein, notamment dans la grande distribution. Un événement devenu incontournable. Ainsi, les cavistes, les boutiques en ligne et les applications sur smartphones s’y mettent aussi. Cette année, entre 10% et 30% des vins proposés sont bio. Les distributeurs y voient un bon filon (à consommer avec modération cependant...).
Rue des Entrepreneurs dans le 15e arrondissement de Paris. L’heure est encore matinale, mais les vendeurs sont déjà là. Ils sortent les bouteilles de leurs cartons. Nous sommes au Petit Ballon, un caviste en ligne, mais qui possède aussi deux boutiques en ville. « La demande pour les vins bio progresse à vitesse grand V », se réjouit Jean-Michel Deluc, grand amateur de la nature. « De plus en plus de gens entrent dans le magasin et nous demandent si l’on a du bio. Il faut répondre à cette demande. »
Maître Sommelier depuis 1991, ancien Chef sommelier du Ritz et membre de jury dans de nombreux concours de vins, Jean-Michel Deluc connaît bien les vins qu’il déguste. Il connaît l’histoire de la propriété, ainsi que les efforts faits par le producteur en matière de méthodes saines de culture. « On va passer le message du viticulteur au consommateur, c’est notre rôle aussi ».
Le concept d’abonnement à vins
Jean-Michel Deluc a eu l’idée de fonder en 2011 avec Martin Ohannessian Le Petit Ballon, « un sommelier à domicile ». Le concept est simple : chaque mois deux bouteilles de vin sont sélectionnées par ce sommelier et partent à des abonnés du site internet, accompagné d’une gazette et d’une fiche technique. Les vins bio font partie de ce concept dès le début. L’abonnement a déjà séduit 100 000 clients en France, en Belgique et au Royaume-Uni. « Les gens aiment bien venir nous voir en boutique, mais évidemment nous réalisons le gros de notre chiffre d’affaires sur internet. L’année dernière, nous avons expédié plus d’1 million de bouteilles ! ».
Lors de la Foire aux vins, les ventes augmentent sensiblement. Tous les grands groupes le constatent et les cavistes n’échappent pas à cette règle. C’est même, avec la Fête des Pères et la période de Noël, un des moments phares de l’année pour Le Petit Ballon. Chez ce caviste les vins bio représentent 15 % des 216 vins référencés pour la Foire aux vins. Une évidence pour Jean-Michel Deluc qui soutient la filière bio depuis des années. « Mais pas pour des raisons de marketing ! ». Un seul mot d’ordre : la qualité.
Cette période de l’année est aussi l’occasion de faire sortir les clients des sentiers battus. C’est le cas de la cuvée Okoma, réalisée avec le domaine sud-africain Marianne Wine Estate de la région de Western Cape. « Okoma veut dire soif en zoulou », glisse le sommelier. « La cuvée est élaborée en exclusivité pour Le Petit Ballon avec du merlot, du cabernet sauvignon, de la syrah, et du pinotage, le cépage sud-africain, par excellence ».
L’enjeu du bio
La grande distribution a, elle aussi, compris l’enjeu du bio si l’on en juge le panel toujours plus large de fruits, de légumes, de céréales et autres produits alimentaires bio vendus tout au long de l’année. Pourtant l’offre en vins bio lors de la Foire aux vins n’excède pas les 20 %. Les supermarchés pourraient mieux faire, sachant qu’ils restent le premier circuit de distribution des vins en France. 67 % de Français avouent choisir leur vin dans les rayons d’un supermarché. La grande distribution a donc un rôle à jouer. Celui d’informer les consommateurs qu’il existe d’autres types de viticulture respectueuse des sols, de l’homme et de l’environnement.
Il s’agit de la biodynamie (un mode de culture de la vigne qui respecte notamment les phases lunaires dans la croissance des vignes) ou encore de la viticulture raisonnée (qui consiste à diminuer, voire à supprimer, les traitements phytosanitaires et à ne les effectuer qu’en cas de besoin et avec des doses minimales). Certains producteurs vont encore plus loin, en signant la certification « Exploitation de Haute Valeur Environnementale » (HVE).
Pour Thierry Desseauve, coauteur du guide des vins Bettane et Desseauve : « la progression des vins bio est due d’abord à une volonté de la production française et du monde entier d’aller vers une viticulture plus respectueuse de la biosphère. Et puis, il y a une forte demande de la part des consommateurs pour des labels bio. Ces deux conjonctions font que l’offre se développe. Je pense que ce sera un des sujets fondamentaux des prochaines années. » Les régions les mieux représentées dans les rayons ce sont aussi celles où le bio est le plus avancé : la Vallée du Rhône, le Languedoc, le Roussillon, la Provence, mais aussi l’Alsace.
Et la qualité suit
Les labels rassurent les consommateurs. Didier Coustou, responsable vins région Ouest et vins étrangers pour l’enseigne E.Leclerc le confirme : « les progressions des ventes sont de l’ordre de 20 % chaque année sur le marché du vin bio en France. Sachant qu’il ne pèse que 3 % des parts de marché. » Dans les hypermarchés E.Leclerc les vins bio vendus pendant la Foire aux vins 2018 représentent 10 % de l’offre nationale, voire un peu plus dans les régions. La qualité de ces vins bio suit. « Aujourd’hui, le consommateur n’est plus déçu. Si par le passé, parler du bio était un argument marketing, aujourd’hui ce n’est plus le cas. C’est réellement un produit qui répond à la demande grandissante de la part des consommateurs. » En 2017, la Foire aux vins dans les hypermarchés E.Leclerc s’est soldée par 99 millions d’euros de chiffres d’affaires. Cette année, ils comptent dépasser les 100 millions.
Au total, 65 millions de litres de vin ont été vendus lors de la Foire aux vins de 2017 pour un chiffre d’affaires de 414 millions d’euros. Un record, que tout le monde compte bien dépasser, cette année.
 
Liens utiles :
Le Petit Ballon (Foire aux vins du 4 au 30 septembre 2018) : https://www.lepetitballon.com/
Le guide des vins Bettane et Desseauve : https://www.bettanedesseauve.com/
Les hypermarchés E.Leclerc (Foire aux vins du 2 au 13 octobre 2018) : http://www.e-leclerc.com/