La traditionnelle foire aux vins démarre dans les supermarchés en France ce mardi 10 septembre. Une fête pour les amateurs de bonnes affaires. Mais une fête quelque peu ternie cette année par une éventuelle surtaxation des vins français brandie par les Etats-Unis en réponse à la taxe Gafa. La France a la cote dans le monde. Et la catégorie « Vin de France » profite de cet engouement pour se faire une place auprès des consommateurs.

Une cave à vin dans le quartier des affaires à la Défense. Sur une étagère, un blanc estampillé Vin de France. Point d'appellation, juste le nom du producteur, celui du cépage, le millésime et ce message simple : origine France. Lionel, un cadre de 53 ans, apprécie le côté plaisir de ce type de vin : « Le vin permet de se retrouver autour d’un verre avec des amis, de discuter en famille. Tout m’intéresse. Je suis prêt à tout goûter. Evidemment, j’ai mes habitudes et mes producteurs habituels que je vais voir tous les ans. Mais je suis prêt à faire des découvertes. »

Les vins qui sortent des sentiers battus

C'est sur les urbains curieux, comme Lionel, que comptent les supermarchés Monoprix. Dans leur catalogue de la Foire aux Vins, 20 références sur 600 proposées sont en Vin de France. Une tendance qui se poursuit tout au long de l'année. Emmanuel Gabriot, responsable des marchés « liquides » du groupe explique : « Les Vins de France ont une place très particulière dans notre offre. Déconnectés des contraintes d’appellation d’origine, ils ont souvent des packaging très accrocheurs, avec des noms originaux. Ils intéressent les clients. » Ce sont surtout des vins qui sortent des sentiers battus et auxquels les supermarchés Monoprix consacrent désormais un rayon entier. Des vins faciles d’approche, ajoute Emmanuel Gabriot, qui les compare à l’univers des bières artisanales « avec leurs étiquettes et les modes de consommation qui sortent de l’ordinaire ». On s’y approche des codes caractéristiques pour des vins étrangers, avec une variété de raisin souvent mise en avant.

Mais c’est quoi le Vin de France ?

C’est d’ailleurs aux étrangers que les Vins de France ont plu, avant de séduire les Français, précise Valérie Pajotin, directrice générale de l'interprofession Anivin de France. Après les marchés belge, allemand et britannique notamment, le Vin de France s’est lancé à l’assaut du marché américain (les Etats-Unis et le Canada), et plus récemment de l’Australie. Aux Etats-Unis les ventes ont été multipliées par sept en six ans pour atteindre aujourd’hui près de 10 millions de bouteilles. Les Américains adorent les Vins de France, c’est le quatrième marché à l’exportation de cette catégorie de vins. Signe pour les producteurs français qu’il y a toujours une place à prendre Outre Atlantique, malgré les tensions politiques suscitées par les déclarations hasardeuses de Donald Trump.

Le Vin de France est né en 2009 d’une refonte du règlement européen. Il y a désormais trois catégories de vins sur le marché commun : les Appellations d’Origine Protégées (AOP), les vins avec une Indication Géographique Protégée (IGP) et les vins avec une dénomination nationale (VDP pour les vins issus du territoire français). Si pour certains critiques de vin, le Vin de France hérite de la renommée pas toujours qualitative des anciens « vins de table », la directrice générale de l’interprofession s’insurge contre un tel raccourci. « Ces vins expriment la liberté du vigneron ! », martèle-t-elle.

Des vins créatifs, modernes et surtout d’un excellent rapport qualité-prix. La catégorie Vin de France permet de faire venir la matière première des différentes régions de France. Mais aussi de planter les cépages non autorisés par l’appellation d’origine. Au grand bonheur des vignerons pionniers ! Et chaque cépage représente un goût différent. Si les consommateurs étrangers, et notamment les anglo-saxons connaissent bien le goût des cépages, les Français les connaissent un peu moins. La foire aux vins est le moment idéal pour se lancer.

Et le bio dans tout cela ?

Après les restaurateurs et les cavistes, les Vins de France débarquent dans les supermarchés. Valérie Pajotin compte sur l’intérêt des consommateurs pour ces vins respectueux de l’environnement. L’Anivin de France a créé un partenariat avec l’Institut français de la vigne et du vin pour accompagner techniquement deux vignobles-pilotes dans le sud de la France conduits selon des méthodes de culture innovants et durables.

Alors quelles perspectives pour ces vins atypiques ? Christophe Macra, caviste indépendant, a un avis tranché : « Aujourd’hui, nous avons beaucoup trop d’appellations en France. Le consommateur est totalement perdu. Ça ne sert à rien. Autant faire passer beaucoup de vins en Vin de France. Ce serait bénéfique pour nos exportations. Car à l’export, le vin produit en France fait rêver les consommateurs ! C’est l’image de la France, de sa gastronomie et de son vin qui est renforcée par ce terme Vin de France. Donc, oublions les chapelles et la volonté de certains producteurs de protéger leur lieu d’origine. L’important c’est de faire du bon vin, au bon prix et, effectivement, produit en France. Ça s’est reconnu internationalement comme un signe de qualité ! Utilisons-le pour le vendre et pour aider à vendre nos vins à l’étranger. »

Et pour revenir à la grande distribution…

Cependant, selon les données de FranceAgriMer, les Vins de France ne représentent pour l’instant que 3% des vins vendus dans les rayons en France. Un retard qu’ils s’empressent de combler. C’est d’ailleurs la seule catégorie de vins qui progresse (+ 9,8% en volume et + 12,2% en valeur en 2018 par rapport à 2017), alors que les ventes des autres appellations reculent dans les supermarchés français. L’an dernier, 247 millions de bouteilles ont été produites en Vin de France, dont trois quarts ont été vendus en dehors de l’Hexagone.