7 mai 2017 : il y a deux ans tout juste, Emmanuel Macron devenait le huitième président de la Ve République française. Une élection qui a profondément chamboulé le paysage politique, suscité de vifs espoirs, mais aussi plus tard de profondes déceptions. Toute la semaine, RFI vous propose une série de reportages avec des citoyens, satisfaits ou non de l’action du chef de l’État. Bruno Faure les a rencontrés sur le parcours de la « Nationale 1 », la route qui aboutit à Paris en provenance de la frontière belge. Sa première étape est consacrée au pouvoir d’achat, un des principaux motifs de colère du moment.

La frontière belge est toute proche. Un café-tabac-presse fait le coin de la rue Roger-Salengro, bordée de maisons en brique, typiques du nord de la France. Bray-Dunes, commune la plus septentrionale du territoire, outre-mer compris, accueille en ce jour férié du 1er mai une braderie, une vente de produits d’occasion (rarement neufs) à très bas prix. Sur ces centaines de mètres, des étals de vêtements disposés par des particuliers et quelques professionnels comme Maxence, venu vanter les mérites de chaussures « confort » à 10 euros, pointures 35 à 41. « On essaie de faire des petits prix, mais bon, c’est calme. Les gens hésitent à acheter, même pour 10 euros. Tous les ans, la fréquentation baisse. On a perdu beaucoup. Les gens ont à peine de quoi manger et payer leurs affaires. C’est triste », soupire le jeune homme qui remercie une de ses rares clientes du jour.

« C’est de pire en pire »

Devant lui, passent celles et ceux qui cherchent la bonne affaire. Pierre et son épouse s’arrêtent devant des habits pour enfants, et pour un euro, emportent un maillot de bain destiné à leur petite-fille. « Dans un magasin, on l’aurait eu à 5 ou 10 euros. C’est pour cela qu’on fait les brocantes ! », dit en rigolant le grand-père, qui s’empresse de dénoncer les hausses de prix dans le commerce. « 10 centimes par-ci, 20 centimes par-là. On ne s’en rend pas compte, mais à l’arrivée ça pèse lourd. Heureusement que nous sommes prévoyants… » Un peu plus loin, Laurence et Jocelyne, deux retraitées sac à la main, trouvent que c’est « de pire en pire. Les prix augmentent de plus en plus. Quand on fait 100 euros de courses pour la semaine, on n’a presque plus rien. On ne part plus en vacances. Par chance, on a la mer juste à côté ». Mais rapidement, la conversation dévie sur la politique d’Emmanuel Macron. « Il parle d’augmenter les retraites, mais c’est seulement à partir de janvier, et encore faut voir… », explique Jocelyne, méfiante. « Il aurait pu réagir plus vite quand ils ont commencé les "gilets jaunes". La CSG, l’essence : il a attendu trop de temps et il va le payer, c’est clair. »

« Beaucoup de tort aux retraités »

A 20 kilomètres plus au sud, à Grande-Synthe, le 1er mai est traditionnellement organisée une « fête du monde ouvrier ». Dans la salle polyvalente, la municipalité propose un barbecue gratuit, suivi d’un concert et d’un débat. A l’heure du déjeuner, une longue file se forme pour se faire servir un sandwich « merguez ou saucisse » grillé sur place. « Ils ne font pas ça dans toutes les villes, on est ici de la même catégorie, c’est super », se réjouit une habitante de cette ville très pauvre où 17% vivent en dessous du seuil de pauvreté (revenus mensuels inférieurs à 855 euros). Et là encore, le président de la République en prend pour son grade. « Il a beaucoup fait de tort aux retraités. Les petits retraités, je ne parle pas des ingénieurs », précise une dame venue avec ses amies. Et quand on lui demande ce qu’elle attend d’Emmanuel Macron pour les trois dernières années de son mandat : « Qu’il nous redonne déjà ce qu’il a repris ! »

Que Macron démissionne

A peine plus tôt, à Dunkerque, la grande ville voisine, un défilé s’ébranle. Partis de gauche, syndicalistes et « gilets jaunes » sont venus dénoncer ensemble la politique du chef de l’Etat. « En lutte pour défendre nos droits, protection sociale, pouvoir d’achat », est-il écrit sur une banderole des retraités dockers de ce port historique français. Tambours et trompettes, la fanfare joue « l’Internationale », le chant des communistes. « Groupons nous et demain… » Un jeu de chamboule-tout a été installé. L’objectif : faire tomber des grandes bouteilles de plastique à l’effigie des membres du gouvernement… et d’Emmanuel Macron. « On travaille et on commence à avoir de plus en plus de mal à vivre avec notre salaire », explique une femme vêtue d’un gilet jaune sur lequel est inscrit : « Macron démission ». Alors que les haut-parleurs crachent « Le temps des cerises », elle répond directement aux arguments du président : « Nous aussi on fait vivre la France. Et la France serait meilleure si on avait du pouvoir d’achat. » A ses côtés, Mamie Line, « retraitée écoeurée », a écouté les propos du chef de l’Etat : « Macron dit qu’il y a du travail pour tous. Il nous roule dans la farine. Les derniers discours qu’il a fait, c’était que du vent. On n’y croit plus. On veut qu’il démissionne. Qu’il fasse comme De Gaulle il y a 50 ans, s’il lui reste un peu de fierté. Nous voulons qu’il parte ».

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